Tout
a été dit ou presque sur la situation du volley-ball et les raisons qui
ont amené le « six » national à subir les revers à répétition en six
mois. Les avis partagés ont toutefois convergés vers la fédération
tunisienne de volley-ball que l'on tient responsable des maux de ce
sport. On en est même arrivé à exiger la démission du bureau fédéral,
du moins de certains de ses membres,
auxquels
on reproche une longévité et une présence ininterrompue au sein de la
fédération. Mounir Ben Slimène a réagi à toutes ces critiques en
voulant éclairer la lanterne de tous ceux qui ont dit des choses que ce
soit sur un plateau télé ou sur les colonnes d'un journal. Le 1er
vice-président a voulu répondre à tout ce beau monde également en
réaction au dossier paru sur nos colonnes le lundi 16 de ce mois pour
apporter plusieurs précisions. Et il n'y est pas allé de main morte.
Entretien
-
Le Temps : Beaucoup a été dit sur les flops à répétition du « six »
national en coupe d'Afrique, lors de la coupe du monde et enfin lors du
tournoi préolympique en Afrique du Sud. Quel est le vrai du faux dans
tout cela ?
- Mounir Ben Slimène : Je
commencerai par le nombre d'associations qui pratiquent le volley-ball.
On n'arrête pas de dire qu'en Tunisie on ne compte que seize équipes
qui s'adonnent à ce sport. Ceci est archi faux et on aurait du dire
qu'en Tunisie, nous comptons 41 associations dont seize seulement ont
une équipe senior. Il faut savoir que le nombre des équipes qui
pratiquent ce sport est régulièrement constant. Actuellement,
L'E.S.Radès n'a plus d'équipe senior, c'est une situation
exceptionnelle et je suis persuadé qu'elle reprendra ses activités
l'année prochaine.
- Concrètement, le volley-ball a-t-il périclité ?
-
Je dirais qu'il faut relativiser. Personnellement, j'estime qu'il
s'agit d'une évolution normale. Si on analyse les résultats du « six »
national depuis les années soixante, on s'apercevra qu'il s'agit pour
l'heure d'une période creuse, sans plus. La Tunisie
a été championne d'Afrique en 1967, 1971, 1979, 1987, 1995, 1997, 1999,
2003. En 2005 et 2007, « le six » national a été battu en finale par
l'Egypte et lors de la dernière édition au tie-break. Je pense que les
résultats sont conformes à une évolution d'une équipe avec des courbes
ascendantes et descendantes.
-
Actuellement, c'est le creux de la vague. On reproche à la fédération
son immobilisme et le fait de ne pas avoir anticipé pour éviter cette
dégringolade, surtout après les défaites concédées devant l'Algérie et
le Cameroun lors du tournoi préolympique. Qu'avez-vous à dire là dessus
?
-
Nous y avons pensé à un certain moment en donnant le jour à une équipe
nationale B, mais nous nous y sommes pris un peu tard. Je suis persuadé
que si nous l'avions fait un peu plus tôt, nous aurions évité cette
baisse de régime.
Pour
être plus concret, les résultats de notre équipe nationale ne reflètent
en aucune manière le niveau du volley-ball tunisien dans la victoire
comme dans la défaite.
Si
on avait à comparer le niveau de notre championnat et le comportement
du « six » national, on aurait dit qu'il s'agit de deux mondes
différents, voire deux pays différents. Pour ce qui est du tournoi
préolympique, je vous le concède, la défaite contre l'Algérie est
étonnante parce que nous sommes de loin supérieurs aux Algériens.
Sinon, contre le Cameroun, le résultat importait peu puisqu'une
victoire n'aurait rien changé à la situation.
-
L'ex-sélectionneur national est pointé du doigt et on lui reproche de
s'être très peu impliqué pour faire évoluer ce sport en Tunisie mais
également d'avoir compté sur un groupe de joueurs restreint pour
aboutir aux résultats que l'on connaît. Qu'avez-vous à dire à ce sujet ?
-
En ce qui concerne les résultats, il faut savoir que nous avons eu à
gérer trois compétitions officielles en l'espace de six mois : le
championnat d'Afrique en septembre, la coupe du monde en novembre et le
tournoi préolympique en février. Nous n'avons pas eu le temps de
redresser la barre. Pour ce qui est du bail de l'Italien Antonio
Giaccobe à la tête de l'équipe senior, il faut vous dire qu'il a été
appelé pour s'occuper de cette équipe et rien de plus. Il a été recruté
pour gagner des titres et pour former une équipe capable de le faire.
Le reste n'est pas de son ressort. Il a fait son travail et il a connu
des fortunes diverses mais en aucun cas, il n'est responsable de
l'évolution du volley-ball. Il n'est ni investi de la DTN,
ni de la promotion. En des termes plus simples, le volley-ball se
pratique dans les clubs. Certains ont fait du bon travail, d'autres
beaucoup moins...
- Vous venez d'aborder le chapitre relatif à la formation et la promotion. Quel est le rôle de la fédération dans ce domaine ?
-
La fédération assure une part de la formation et de la promotion par le
biais des centres de promotion et propose une ligne de conduite pour
que le travail dans les centres de promotion soit le même un peu
partout en pourvoyant les entraîneurs d'un manuel comprenant la méthode
de travail à suivre et c'est la DTN qui s'en occupe. La formation des jeunes dans les clubs, les moyens financiers et l'infrastructure ne sont pas
du ressort de la fédération. Cette dernière ne peut pas les résoudre à
elle seule. C'est également la responsabilité des dirigeants des clubs.
A propos de dirigeants, certains d'entre eux attendent que la
fédération fasse tout le travail, même celui des clubs, c'est-à-dire
former les joueurs et les donner aux clubs, ce qui est du reste
aberrant...
- On reproche également à la FTVB le fait de négliger un peu trop les centres de promotion un peu trop délaissés selon certains. Qu'en est-il exactement ?
-
Ceux qui nous reprochent cela ne savent rien de rien sinon, ils se
seraient abstenus de dire quoi que ce soit. Avant toute chose, C'est
quoi un centre de promotion ? C'est une unité de travail sous la
responsabilité de trois autorités différentes. En premier lieu, le club
d'accueil qui doit suivre le travail des techniciens, s'intéresser et
s'investir parce qu'un centre au sein d'un club, c'est une faveur que
d'autres clubs n'ont pas eu. Le ministère de la jeunesse et des sports
met à la disposition du club un technicien qui est en fait un
enseignant et fournit des équipements pour que le centre soit
opérationnel et enfin la fédération à travers la DTN
qui doit établir le travail à effectuer comme je l'ai évoqué
précédemment. Comme vous le voyez, notre rôle consiste à coordonner et
non faire tout le travail. Alors de grâce, qu'on arrête de dire
n'importe quoi.
Nous
proposons un instructeur gratuitement, des équipements et il faudrait
que les clubs s'intéressent à ces centres pour en tirer le maximum.
C'est une source de recrutements et de renouvellement pour eux. Ils ont
tout à portée de main.
- Par quoi expliquez-vous ces défaillances au sein des clubs ?
-
Je pense que certains clubs sont défaillants et qu'ils ne connaissent
même pas l'existence de ces centres dans leur région tout simplement
parc qu'ils sont obnubilés par les seniors. Notre tâche consiste à
sensibiliser ces gens là et non pas à faire le travail à leur place.
Suivre de près les techniciens qui opèrent dans les centres, c'est ce
qui est en train d'être fait actuellement et c'est Fethi Ben Tara qui
s'en charge. Des visites se font régulièrement. Enfin, on un peu trop
parlé des centres de promotion pour tirer à boulet de canon sur la FTVB. J'estime qu'il y a un minimum de sérieux à observer.
La
fédération a été critiquée par des techniciens et des responsables pour
expliquer les derniers résultats. Peut-on parler de rapports tendus
entre les différentes parties ?
Je
ne pense pas. C'est plutôt une impression. Le contact avec la majorité
des clubs qui forment la fédération est très intéressant. Il est clair
toutefois qu'on ne peut pas satisfaire et plaire à tout le monde. Une
certaine entente entre la fédération et les associations existe. Nous
sommes conscients des problèmes aussi bien au sein des clubs qu'au sein
de a fédération et nous oeuvrons jour et nuit pour les résoudre.
Ceci
étant, je tiens à dire que ceux qui ne font que critiquer sont libres
de le faire mais j'ai remarqué qu'ils sont toujours les mêmes et qu'ils
n'apparaissent au grand public que quand il y a un mauvais résultat.
Ces mêmes personnes prétendent avoir une grande expérience alors qu'ils
n'ont jamais formé le moindre joueur digne de ce nom. Sans les citer,
ce sont des techniciens qui n'ont eu que des expériences malheureuses
là où ils sont passés mais ils sont les premiers à accorder des
interviews virulentes et gratuites. Sincèrement, quand leur silence
devient long, je m'inquiète pour eux et je me demande où ils sont
passés.
-
Changeons de sujet. Le volley-ball est inexistant à l'intérieur du
pays. Avez-vous pensé à promouvoir ce sport dans ces régions ?
-
C'est vrai et nous y pensons mais nous nous heurtons à des choix qui se
font d'eux-mêmes dans certaines villes. A titre d'exemple, le hand-ball
n'est pas populaire à Monastir tout comme le volley-ball d'ailleurs.
C'est un choix qui est conditionné par le succès d'autres disciplines
tel que le basket-ball. Ceci étant, nous ne pouvons pas continuer de la
sorte et il nous faudrait investir d'autres régions. La fédération doit
aider à la création d'autres clubs et les centres de promotion
constituent une des solutions pour alimenter les associations
nouvellement créées.
-
Le Club Africain a cessé d'exister, l'Espérance de Tunis a plus d'une
fois pensé à dissoudre la section volley-ball. Qu'en sera-t-il de ce
sport qui ne rapporte plus d'argent dans les caisses des clubs si les
grosses cylindrées du championnat décidaient de suivre l'exemple du
Club Africain ?
-
Je ne conçois pas cette idée. C'est impensable. Ce sont la des noms
porteurs et s'ils quittent la scène, on se retrouvera devant des
problèmes énormes. Ces clubs dépensent entre eux beaucoup plus qu'un
milliard et le volley-ball tunisien a besoin de cet argent. Ce qui me
rassure, c'est le fait de savoir que c'est un sport historique au sein
de ces associations et il est impensable de les imaginer s'en défaire.
-
On terminera cet entretien par une question personnelle. Vous êtes à la
fédération depuis 28 ans. Votre longévité dérange quelques uns. L'idée
de démissionner vous a-t-elle effleuré l'esprit ?
-
Pas le moins du monde. J'ai toujours respecté mes engagements. Les
clubs m'ont élu et mon mandat court jusqu'en 2010. J'ai des comptes à
rendre aux clubs et à l'autorité de tutelle. Tant que j'aurai la
confiance de cette dernière et celle des clubs, je continuerai à être là
Propos recueillis par Mourad AYARI