Une étude
relevant tout particulièrement de la science physique. Mais qui ne peut
expliquer à elle seule ce qui se passe chaque dimanche dans les stades.
Les incidents qu’on ne cesse de voir et qui ne cessent de marquer de
plus en plus la compétition ne relèvent pas en effet uniquement de la
science physique.
Lorsque, au coup de sifflet final du match, les
joueurs sont empêchés de regagner les vestiaires et courent à chaque
fois le risque d’être blessés par les projectiles que le public a pris
l’habitude de lancer, le phénomène dépasse le cadre physique pour
entrer carrément dans le domaine social. Les images qui font état de ce
genre d’incidents ne cessent de revenir à tel point que les moments les
plus difficiles que peuvent éprouver les joueurs, les entraineurs et
bien sûr aussi les arbitres, ne sont plus ceux du jeu, mais plutôt ceux
qu’ils peuvent subir lorsqu’ils sont de retour aux vestiaires.
Il faut
dire que les incidents de chaque dimanche, le football les a sur les
bras comme les responsables sportifs sur la conscience. Nous vivons
dans un environnement qui fait que la victoire est devenue non
seulement indispensable, mais surtout susceptible de s’obtenir à tout
prix. Les dirigeants, les responsables de clubs y sont plus impliqués
et certainement aussi plus intéressés que les joueurs sur les terrains.
Ils ne temporisent pas davantage pour introduire une double manière de
débordement et de polémique.
Ils se trouvent être de toutes leurs
forces, et de toute leur âme aussi, dans les rangs non seulement de
décideurs, mais aussi et surtout d’acteurs cherchant un rôle qui ne
leur convient pas, mais qui ne les empêche pas pour autant de
conditionner tout un environnement, toute une ambiance. Le public, on
le sait, s’identifie psychologiquement à tout ce qu’il voit, à tout ce
qu’il entend. Dans leurs discours, dans leurs réactions, ces gens-là
pensaient probablement réparer une injustice, mais, au fait, ils en
commettaient d’autres.
Cachez-nous ce football et ses partisans qu’on ne saurait voir…
Habitués
des stades, nous avons vu la situation se dégrader au fil du temps
jusqu’au jour où nous serons certainement contraints d’interdire à nos
enfants de s’y rendre quand c’était autrefois un si grand plaisir d’en
prendre le chemin et d’en revenir après en refaisant le match. Ces
moments-là, nous les avons vécus pleinement et jusqu’au bout, mais nous
craignons que les nouvelles générations n’en auraient pas
l’opportunité, et encore moins le plaisir. Ça serait vraiment dommage.
Dommage pour tout ce qu’elles seront enclines de rater, et peut-être
bien de gâcher!...
Il serait
dommage aussi que le football soit la victime de ce qui se passe
actuellement. Il serait ainsi la victime d’un environnement dont les
structures et la nature le destinent à produire un circuit interactif
intense entre les tribunes et les terrains que nul autre sport ne
provoque ainsi. La violence du jeu électrise la violence des
supporters, comme l’avait montré l’étude allemande dont nous faisions
référence au début.
Il serait
aussi la victime, même de façon involontaire, d’un déclenchement de
phénomènes identitaires prononcés et intolérants bien au-delà de la
fréquentation des stades.
Il serait
également la victime de l’indécent spectacle d’une activité envahie par
l’argent et l’affairisme, et d’une chasse à l’arbitre comme une
première chasse à l’homme.
Il serait
enfin la victime bien déclarée des instances qui refusent depuis
longtemps de regarder le problème des pratiques des supporters dans les
stades quand elles ne s’en saisissaient pas comme d’un phénomène
social. Tout le monde feint de s’étonner ou de s’indigner. Cachez- nous
ce football et ses partisans qu’on ne saurait voir…
Dans son
nouveau contexte, dans sa nouvelle version, le football semble donc
importer une violence que, livré à lui-même et en dépit des meilleures
intentions du monde, il n’est pas en mesure de contrôler seul, ou
encore d’éradiquer.
On ne se
débarrassera pas comme ça des mauvaises habitudes ou de tant
d’accumulations. C’est le sentiment d’une tromperie. L’impression d’un
divorce. Le constat de nouveaux ravages par les retombées du football
passion dans les rangs du football business…