Le dernier dossier en date est celui de la Fédération tunisienne des échecs. Les informations parvenues, au courant de ces derniers mois, font état d’une régression inquiétante au niveau des résultats et de dysfonctionnements divers à l’échelle de la gestion. Le ministère, rendons-lui justice, a aussitôt pris l’affaire en main et ordonné une inspection technique, administrative et financière. Ce n’était pas, jusqu’ici, le cas, la direction des sports préférant, hélas, surseoir au traitement des disciplines dites «non ciblées».
Chose dépassée, d’ores et déjà, on s’en félicite. Reste la suite, c’est-à-dire ce qui doit résulter de cette prise en charge de la tutelle.
On ne précédera pas les évènements, mais on a toujours de bonnes raisons de croire que les solutions préconisées ne vont pas, forcément, dans le sens souhaité par la grande majorité de nos échephiles.
Il semble, en effet, que deux seules hypothèses aient été envisagées à ce jour. La première serait de prendre acte des «anomalies» en cours et de faire pression sur le bureau actuel afin qu’il rectifie sa trajectoire d’ici la fin de son mandat.
La prudence est qualité quand les erreurs commises par un bureau fédéral ne touchent pas aux structures et aux traditions d’un sport. Or le recul constaté dans la gouvernance de l’actuelle fédération des échecs traduit clairement que non seulement le sport échiquéen n’est plus compétitif, tant sur le plan international que sur sur les plans africain et arabe, mais encore la pratique collective même des échecs dons notre pays est en train de s’effriter au point que nous sommes passés en moins de cinq années de près d’une centaine de clubs affiliés à seulement une trentaine pour la saison 2007-2008. La Tunisie, qui était, il n’y a pas une décennie, à la pointe du mouvement échephile en Afrique et dans le monde arabe, «caracole» aujourd’hui en bas du classement continental et, a fortiori, de la hiérarchie mondiale. Tout un passé est en cours d’effacement. Tout un prestige se volatilise à vue d’œil. La perte de plus de cinquante pour cent de nos clubs témoigne, aussi, de la profondeur du mal. Sans la tradition des «clubs de province», sans l’éclosion des espaces civils où naissent, habituellement, nos meilleurs talents, le «background» du jeu d’échecs, celui qui, de la grande époque du fondateur Ridha Belkadi jusqu’aux années 80-90, a constitué la réserve de notre élite échiquéenne, risque de disparaître à jamais.
Il n’est plus, à dire vrai, question de rectifier des trajectoires. La «substance» est atteinte, la chair vive de l’échephilie tunisienne se meurt. De quel attentisme parle-t-on encore ?
La seconde hypothèse envisagée vise, semble-t-il, à «corriger les choses de l’intérieur», c’est-à-dire, apprend-on encore, à intervertir les rôles à partir de la même instance. On veut «croiser» les pièces en fait : un membre pour un autre, et la solution est trouvée.
Inutile de dire que ce serait comme échanger un «vieux risque» contre un «nouveau danger».
On ne veut accuser personne de mauvaise volonté, mais dans le cas d’espèce, il s’agit d’un bureau fédéral qui a délibérément choisi de se passer des enfants mêmes du sport échiquéen et surtout de ses cadres historiques. Dès lors, comment imaginer qu’il puisse, lui-même, rattraper ce qui est perdu ?
Quand on n’a pas pratiqué longtemps la discipline des échecs, quand on n’a pas connu ses compétitions, quand on n’a pas suivi son évolution, mieux, quand on n’a pas côtoyé ses succès et enduré ses «mauvaises passes», on ne peut, quoi qu’on se promette, tenir le gouvernail.
L’exemple d’une direction actuelle le prouve assez depuis, bientôt, cinq années. Va-t-on retomber dans les mêmes profils et reconduire la crise ?
Tous les échephiles, et ils paraissent aujourd’hui unis plus que jamais, le redoutent. Tous osent espérer encore qu’ils auront, enfin, leur mot à dire sur le futur du jeu d’échecs dans notre pays.
Le ministère, Dieu merci, semble vouloir affûter sa décision. La direction des sports ne peut, indéfiniment, invoquer «la relative urgence».
Croisons les doigts. L’échephilie tunisienne n’a pas encore renoncé à son destin…